Le yoga est-il un travail postural ?

Aujourd’hui, quand on dit qu’on fait du yoga, on nous imagine sur un tapis en train de faire une posture. En France, le yoga serait donc apparemment une pratique essentiellement corporelle.
En Occident, on a tendance à dissocier le corps et l’esprit, ce qui n’est pas le cas en Inde : on travaille ces deux dimensions en même temps. Elles sont d’ailleurs intimement liées.
Savez-vous que le terme « yoga » vient de la racine sanskrite « yuj », qui signifie joindre, relier ? Cela a donné le mot français « joug », qui est une pièce de bois qu’on met sur la tête des bœufs pour les atteler, pour qu’elles avancent ensemble.
En yoga, il s’agit de faire avancer ensemble le corps et l’esprit.

yoga posture

Que travaille-t-on alors en Inde, en plus du corps, quand on fait du yoga ?

Le yoga est constitué de 8 piliers, ou membres, qui sont présentés dans les Yoga sutras de Patanjali, texte ancien de référence sur le yoga.

Ces 8 piliers portent des noms sanskrits, langue d’origine de toutes les langues indo-européennes. Ce sont :

I- Les yamas, qui sont les 5 règles de vie dans la relation aux autres
II- Les niyamas, qui sont les 5 règles de vie dans la relation à soi-même
III- Les asanas, qui sont les postures
IV- Le pranayama, qui est la pratique de la respiration
V- pratyara, qui est le retrait des sens, l’écoute intérieure
VI- dharana, qui est l’exercice de la concentration
VII- dhyana, qui est la méditation
VIII- samadhi, qui est l’état d’unité

Ces 8 membres se travaillent régulièrement pour arriver à une pratique complète du yoga, les premiers étant une préparation des suivants.
On comprend alors qu’il s’agit davantage d’une philosophie de vie que d’une pratique simplement corporelle. Le yoga ne s’arrête pas aux limites du tapis ; on emporte sa philosophie dans notre quotidien.

Précisons un peu ces 8 grands piliers.

I - Les yamas

Ce premier grand pilier a 5 facettes, 5 principes relationnels qui fondent notre éthique avec le monde extérieur.

  • Ahimsa: la non-violence

C’est le principe le plus important, cité en premier, car tous les autres lui sont soumis. C’est le respect de l’autre dans sa différence

  • Satya: la vérité

La vérité dans les pensées, la parole et les actions.
Le respect de ce principe permet de développer une authenticité, une absence de tricherie avec soi, comme avec les autres.

  • Asteya: le fait de ne pas voler

La capacité de se satisfaire de ce que l’on a permet de ne pas jalouser les possessions des autres, de ne pas les convoiter.
Le respect de ce principe permet de développer l’honnêteté et l’intégrité.

  • Brahmacharya: la modération, la tempérance

Le contrôle de soi en modérant ses instincts et en canalisant ses pulsions.
C’est ce qui nous différencie, entre autres, des animaux.

  • Aparigraha: le refus des possessions inutiles, la non-cupidité

La plupart des êtres humains ont tendance à se sentir plus en sécurité en possédant toujours plus de choses ou d’argent.
Le respect de ce principe permet de développer une sobriété, un désintérêt pour ce qui n’est pas indispensable. Cela nous aide à ne pas entasser des biens dont on n’a nul besoin.

II - Les niyamas

Ce deuxième grand pilier a également 5 facettes, 5 observances personnelles qui fondent notre ligne de conduite.

  • Saucha: la pureté, la propreté

Il s’agit, d’une part, de l’hygiène personnelle, et d’autre part de la pureté du cœur et de l’esprit.

  • Samtosha: la satisfaction, le contentement

Ce principe invite à l’acceptation, à cultiver des pensées positives permettant de ressentir une satisfaction tranquille et sereine de sa situation.

  • Tapas: l’ascèse, la pratique intense

Il s’agit de fournir un effort ardent dans tous les domaines de la vie, une pratique intense, enthousiaste et purifiante.

  • Svadhyaya: la connaissance de soi et des textes

L’étude des textes sacrés permet d’approfondir la connaissance sur soi et sur le Soi.

  • Ishvara pranidhana: l’abandon ou la dévotion à un Principe Supérieur, le lâcher-prise

Il s’agit d’offrir le fruit de ses actes à ce qui est plus grand que nous, ce Principe Supérieur qui nous dépasse.
Il y a un lien puissant de réciprocité entre les règles sociales (yamas) et les règles personnelle (niyamas) : les premières incitent à respecter les secondes, et inversement.

III - Les asanas – les postures

En yoga, la pratique des postures se fait dans l’aisance et la fermeté (sthira – sukha).

IV - Le pranayama – la pratique de la respiration

La maîtrise du souffle passe par l’arrêt des mouvements incontrôlés de la respiration. Il s’agit de développer une conscience de la respiration pour la rendre fluide, paisible, contrôlée, régulière, ininterrompue et de qualité.

V - Pratyara – le retrait des sens, l’écoute intérieure

Nos sens sont en permanence occupés par des distractions extérieures.
Le pranayama favorise l’expérience de l’écoute intérieure.
Avec la pratique, l’attention et la qualité de la présence se développent.

VI - Dharana – la concentration

La concentration est un effort conscient et volontaire de porter son activité mentale sur un objet choisi et précis : écoute subtile de la respiration ou des sensations, dans l’immobilité de l’assise.
Dharana peut se pratiquer de différentes façons et sur plusieurs points à la fois.

VII - Dhyana – la méditation

La concentration se prolonge et s’approfondit.
Alors que dans dharana, c’est le mental qui est sollicité ; dans dhyana, c’est la conscience profonde qui agit, sans passer par le mental.

VIII - Samadhi – l’état d’unité

La conscience a traversé l’objet d’intérêt : il y a fusion entre le sujet et l’objet, c’est l’état d’unité.

Le yoga est donc bien plus qu’un simple travail postural. Patanjali le définit comme « la canalisation des fluctuations du mental » ou « l’arrêt de l’activité automatique du mental ».
Les quatre premiers piliers sont les moyens pratiques, la voie externe.
Le cinquième pilier est la condition pour pouvoir entrer dans l’exploration interne qui se divise en trois degrés, représentés par les trois derniers piliers, les plus subtils.
En yoga, on va toujours de l’externe vers l’interne, et du grossier vers le subtil.
En espérant que ces éclairages vous permettront de modifier votre pratique dans le sens d’un lâcher-prise qui ne recherche nullement la performance physique, mais bien une meilleure connaissance de vous-mêmes par l’observation de votre intériorité.

Belle pratique à tous !

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